Sophie Canaguier Sophie Canaguier

L’abus narcissique : comprendre la mécanique destructrice et ses effets traumatiques durables

L’abus narcissique n’est pas une simple relation conflictuelle ou une incompatibilité de caractère. Il s’agit d’un système de violence psychologique, insidieux et coercitif, qui vise à prendre le contrôle psychique et émotionnel d’une autre personne, au point de l’amener à douter de sa réalité, de ses besoins et de son identité.

Cet abus peut se produire dans le couple, la famille, le milieu professionnel ou social. Ses effets sont comparables à ceux du harcèlement prolongé et conduisent fréquemment à un stress post-traumatique complexe.

Une stratégie de contrôle et de manipulation

L’abus narcissique repose sur un ensemble de stratégies intentionnelles ou semi-conscientes de domination :

Gaslighting : distorsion de la réalité de la victime, négation de ses ressentis, inversion des responsabilités. La victime finit par ne plus se fier à son propre jugement.

Séduction initiale : le narcissique capte l’attention par une phase d’idéalisation intense, créant un lien puissant et rapide.

Instrumentalisation : les confidences, les blessures et les vulnérabilités de la victime sont ensuite utilisées contre elle pour la déstabiliser.

Renforcement intermittent : alternance imprévisible entre affection et rejet, qui maintient la victime dans l’espoir et renforce l’attachement traumatique. Le fameux “chaud-froid”.

Dévalorisation et mise à l’écart : critiques, mépris, silences punitifs, humiliations.

Coalitions : le narcissique peut rallier d’autres personnes (famille, collègues, amis) pour renforcer l’isolement et la disqualification de la victime. On parle de singes volants, et de triangulation. cf mon livre “Tu ne m’auras plus” Eyrolles, mars 2026

Ces mécanismes visent à anéantir l’autonomie psychique de la personne ciblée.

Une dynamique profondément destructrice.

De nombreux auteurs et cliniciens décrivent chez le narcissique une blessure narcissique archaïque. Incapable de la symboliser, il chercherait à la détruire chez l’autre, utilisant la victime comme un parent symbolique à attaquer.

La relation devient alors un terrain de punition permanente :

  • reproches,

  • rejet,

  • humiliation,

  • culpabilisation.

Le narcissique se vit comme supérieur, légitime dans sa domination, et justifie ses actes par une rationalisation constante.

La régression et l’effondrement psychique de la victime

Sous l’effet de ces violences répétées, la victime entre dans un état de régression émotionnelle. Des traumatismes anciens, parfois infantiles, sont réactivés. Le narcissique provoque des avalanches émotionnelles en frustrant volontairement les attentes affectives qu’il a lui-même créées.

La victime peut avoir le sentiment de devenir « folle », perdre le contrôle, ne plus se reconnaître.

Ce chaos émotionnel est souvent décrit comme une agonie psychique, faite de chocs répétés et d’un sentiment d’impuissance totale.

L’attachement traumatique et le syndrome de Stockholm

Piégée dans une relation où la peur domine, la victime peut développer une forme d’attachement paradoxal à son agresseur. Dans certains cas, cela s’apparente à un syndrome de Stockholm : pour survivre, elle s’identifie partiellement au narcissique, adopte ses justifications, minimise l’abus.

La peur chronique altère la conscience, la capacité d’analyse et l’accès aux ressources internes. La victime obéit, se tait, se soumet, espérant inconsciemment retrouver la phase du début: la lune de miel.

Isolement, culpabilité et perte du libre arbitre

Progressivement, la victime est isolée de ses proches, coupée de ses repères et envahie par la honte et la culpabilité.

Sa perception de la réalité est altérée. Elle ne distingue plus le vrai du faux, ne ressent plus clairement ses besoins fondamentaux, et se reproche d’avoir « laissé faire », d’avoir abandonné des relations importantes ou perdu sa dignité.

L’abus se poursuit généralement après la rupture, sous forme d’auto-harcèlement psychologique.

L’intériorisation de l’agresseur et le trauma complexe

L’un des effets les plus délétères de l’abus narcissique est l’intériorisation de la voix de l’agresseur. Le narcissique devient une présence interne qui critique, menace, invalide.

Cette dynamique mène à une distorsion durable de la réalité, un stress post-traumatique complexe (TSPT-C), la dépression, anxiété chronique, honte toxique, l'isolement social, l’effondrement de l’estime de soi.

Les effets psychiques de l’abus narcissique sont comparables à ceux du harcèlement prolongé, qu’il soit conjugal ou professionnel.

Des conséquences économiques et sociales majeures

L’abus narcissique entraîne souvent des pertes économiques : du travail non rémunéré, de l’argent prêté et jamais rendu, des biens partagés ou confisqués, du sabotage professionnel.

Dans le contexte professionnel, le harcèlement dégrade les conditions de travail, crée un climat d’insécurité, provoque des traumatismes émotionnels et conduit fréquemment à une perte d’emploi ou de revenus.

Des répercussions sur la santé globale

Les survivants peuvent développer des états dépressifs sévères, une négligence de leur santé, des comportements autodestructeurs, des troubles psychosomatiques.

Le corps, lui aussi, garde la trace de l’abus.

L’enfance sous emprise narcissique

Dans les familles dysfonctionnelles, les enfants de parents narcissiques s’adaptent pour survivre. Le parent impose sa vision, nie les besoins émotionnels de l’enfant et l’utilise comme une extension de lui-même.

Qu’ils soient cérébraux, antagonistes, prédateurs ou paranoïaques, ces parents :

  • instrumentalisent leurs enfants,

  • détruisent la confiance fondamentale,

  • forcent le refoulement émotionnel,

  • empêchent la construction d’un ego stable.

Cela peut conduire à un faux self, des troubles de la personnalité ou un stress post-traumatique chronique.

Le stress post-traumatique narcissique

Selon certains auteurs, dont Sam Vaknin, le TSPT peut résulter d’événements prolongés dans la sphère familiale ou professionnelle, notamment la violence narcissique.

Les symptômes peuvent apparaître tardivement :

  • peur envahissante,

  • flashbacks,

  • états dissociatifs,

  • hallucinations,

  • phobies,

  • détachement émotionnel,

  • comportements paranoïaques ou autodestructeurs.

Certains survivants somatisent intensément.

Les enfants abusés confondent souvent l’abus avec l’amour, ce qui les rend vulnérables à d’autres relations toxiques à l’âge adulte — mais la libération est possible.

Les pistes de guérison

La prise en charge des victimes d’abus narcissique nécessite une compréhension fine du trouble de la personnalité narcissique, du stress post-traumatique complexe, et de la codépendance.

A mon sens, seul un travail de libération somatique, type somatic experiencing, peut libérer la personne durablement et efficacement des traces de l’emprise.

Sortir de l’état traumatique

Le traumatisme peut être compris comme un état hypnotique figé. Il est possible de s’en réveiller progressivement pour retrouver une autonomie psycho-affective.

La guérison permet de percevoir la réalité sans filtre traumatique, en n’étant plus gouverné par les souvenirs, de se reconnecter à son identité authentique, de ressentir une joie simple, non conditionnée.

La sortie de l’abus narcissique n’est pas un oubli : c’est une reconstruction profonde, lucide et incarnée. Je vous accompagne dans cette reconstruction.

Pour en savoir plus retrouvez mon livre “Tu ne m’auras plus” paru chez Eyrolles en mars 2026.

Lire la suite
Sophie Canaguier Sophie Canaguier

Trauma et relation toxique

Relations toxiques et trauma

Ce sujet est au carrefour exact de mes spécialités et de mon parcours de formation : les dynamiques d’emprise, les états traumatiques, le fonctionnement du système nerveux, et les mécanismes inconscients que je rencontre chaque jour en cabinet.

Formée à la théorie polyvagale, à l’hypnose thérapeutique, à la régulation des traumas et à l’accompagnement des victimes de relations toxiques, j’ai vu se répéter, chez des dizaines de personnes, les mêmes schémas invisibles : sidération, figement, confusion mentale, hypervigilance…

Et j’ai vu à quel point une relation d’emprise laissait des marques de traumatisme majeur.

Cet article est né de cette évidence : oui, les violences invisibles blessent profondément, et oui, les outils thérapeutiques modernes permettent de reconstruire.

Je t’y partage les liens déjà bien établis entre relations d’emprise, trauma, figement et stress post-traumatique – pour mieux comprendre, mieux reconnaître… et mieux guérir.

🔗 1. Relation d’emprise et trauma

Les relations toxiques, notamment avec des pervers narcissiques ou manipulateurs, sont aujourd’hui reconnues comme traumatogènes (générant un trauma), au même titre que d’autres formes de violences (agressions, guerre, accidents).

✔️ Symptômes fréquemment observés :

Flashbacks, hypervigilance, cauchemars

État de sidération, figement, dissociation

Baisse de l’estime de soi, honte, culpabilité chronique

Peur diffuse, anxiété généralisée

Trouble de l’attachement / ambivalence émotionnelle

🧠 2. Le figement, réponse de survie en contexte d’emprise

Les victimes de relations d’emprise décrivent souvent une incapacité à fuir, à se défendre ou à poser des limites. Cela s’explique par une activation du système dorsal vagal (figement), typique des états de sidération traumatique.

🌀 Mécanisme impliqué :

Réponse de freezing (figement) dans le modèle fight / flight / freeze / fawn.

Effondrement physiologique → ralentissement, déconnexion du corps, immobilisme.

Déclenché par l’impossibilité d’agir ou de fuir dans une situation perçue comme dangereuse.

Cela favorise ensuite l’emprise, car la personne ne réagit plus ou doute de sa perception.

Au-delà du psychique, ce sont aussi des bouleversements biochimiques profonds qui se jouent dans une relation d’emprise:

  • Une décharge chronique de cortisol qui épuise l’organisme.

  • Des pics d’adrénaline en réponse à l’insécurité ou la menace (verbale/émotionnelle).

  • Une dépendance à l’ocytocine et à la dopamine dans les rares moments de tendresse/pendant les phases “lune de miel”.

  • Une chute de sérotonine qui favorise l’anxiété, la culpabilité, l’obsession etc.

    Ces relations désorganisent le système nerveux et la chimie de la relation à l’Autre (en général). Le problème c’est que ça renforce l’attachement: le cerveau associe la relation à des “shoots” de soulagement intermittents: c’est exactement le mécanisme de l’addiction.

⚠️ 3. Du trauma complexe au SSPT

Les relations d’emprise ne mènent pas toujours à un SSPT classique, mais très souvent à un trauma complexe (C-PTSD), qui regroupe :

  • Perte de confiance en soi et en l’autre

  • Sentiment d’impuissance chronique

  • Troubles de la concentration et mémoire

  • État de stress permanent, hypervigilance, sentiment de danger imminent

  • Difficultés relationnelles et isolement

🧩 4. Autres concepts liés

Trauma bonding : lien d’attachement renforcé par l’alternance punition / récompense → favorise la dépendance. Attachement traumatique.

Gaslighting : violence psychologique qui détruit la confiance en sa perception → cause de dissociation. La personne doute de ses ressentis et souvenirs.

Fawn response : stratégie de survie basée sur la soumission, typique des victimes d’emprise. La personne se “soumet” dans un but de survie.

Si tu te reconnais dans ce que j’ai décrit – si tu sens que tu vis ou as vécu une relation marquée par la confusion, la peur, l’obsession ou l’impossibilité d’agir – alors ce n’est ni une faiblesse, ni une question de volonté.

C’est une réponse logique de survie d’un système nerveux surmené, marqué par le trauma et par des années de conditionnement.

Heureusement, il existe aujourd’hui des outils concrets, puissants et respectueux du rythme de chacun.e pour sortir de cet état d’emprise et retrouver sa liberté intérieure.

🎯 Voici quelques pistes pratiques pour commencer :

S’informer et poser des mots sur ce que tu vis : comprendre, c’est déjà commencer à sortir de la confusion.

Travailler en profondeur la régulation du système nerveux (plutôt que de vouloir se "forcer à aller mieux").

Revenir au corps : par le souffle, le mouvement, le contact, le repos.

Identifier les croyances inconscientes héritées de l’enfance, qui t’ont peut-être poussée à tolérer l’intolérable.

Te reconnecter à tes valeurs, à ton intégrité, à ton élan de vie.

🌿 Si tu veux aller plus loin et être accompagnée pas à pas :

Mon programme SOS PN à 29 € est une entrée accessible et complète pour comprendre les mécanismes de l’emprise et les différences relation toxique/ pervers narcissique, retrouver l’estime de toi, et reconstruire ton identité.

👉 Dans mon onglet “programmes”

Mon programme À l’équilibre t’aide à réguler ton système nerveux, sortir du figement ou de l’hypervigilance, et remettre ton corps et ton esprit en sécurité.

👉 Dans mon onglet “programmes”

Avec ma collègue psychologue clinicienne Catherine Bellon nous organisons un weekend merveilleux de reconnexion après des relations toxiques au mois d’octobre dans le merveilleux centre Namasté à Aigues-Mortes (30).

👉 Dans mon onglet “Weekend Phoenix”

🎧 Et si tu as besoin d’un accompagnement doux et régénérant, je propose également des audios d’hypnose pour soutenir ton chemin de reconstruction.

Tu n’as pas à te débattre seul.e.

Ce que tu vis est réel, ce que tu ressens est légitime, et il existe un après.

👉 Dans mon onglet “boutique”

Pour traiter les traumas: la somatic experiencing (article à venir) est magique, je n’ai jamais connu technique plus efficace pour libérer la réponse traumatique figée dans le corps.
Pour une régulation personnalisée, une reprogrammation par l’inconscient avec l’hypnose ou du coaching, venez me contacter.

👉 Prendre RDV : Onglet “Qui suis-je”

💬 À noter :

Ces approches sont aujourd’hui validées scientifiquement et cliniquement, bien que le trauma relationnel chronique ne soit pas encore officiellement reconnu dans tous les manuels (ex : DSM-5 n’intègre pas le C-PTSD comme tel, mais la CIM-11 le fait).

📚 Quelques références bibliographiques :

Stephen Porges – La théorie polyvagale

> Il explique comment le nerf vague dorsal est activé en cas de menace perçue inéluctable.

Deb Dana – Anchored / Ancré

> Application clinique de la théorie polyvagale aux cas d’attachement et d’emprise.

Judith Herman – Trauma and Recovery

> Elle parle de traumatisme relationnel chronique (complex trauma) et montre que les violences invisibles ont des impacts aussi profonds que les traumas "visibles".

Bessel van der Kolk – Le corps n’oublie rien (The Body Keeps the Score)

> Il décrit très précisément le lien entre trauma psychique, figement (shutdown), et dérégulation du système nerveux autonome.

Pete Walker – Complex PTSD: From Surviving to Thriving

> Met en lumière la notion de trauma relationnel, notamment dans les relations avec des figures narcissiques ou abusives.

Boris Cyrulnik – Un merveilleux malheur : parle de la résilience post-traumatique, y compris après des traumas relationnels.

Janina Fisher – Guérir du traumatisme complexe

> Spécialiste des approches somatiques et dissociatives du trauma relationnel.

Lire la suite